Dépendances

N° 70 Tou·te·s en ligne

Personnellement, j'avais participé à exactement trois vidéoconférences avant le 16 mars 2020. Depuis cette date, j'en fais souvent davantage chaque jour, pour le meilleur et pour le pire. Et ce n'est qu'un des exemples qui illustrent comment ma vie "offline" et devenue "online" avec le développement des technologies de l'information, de la communication, et l'accélérateur de leur diffusion qu'aura constitué le contexte de la pandémie. Vous vivez certainement la même chose. 

Ce numéro de Dépendances constitue une plongée dans cet univers numérique et dans la transformation accélérée que nous vivons actuellement. Il interroge la frontière entre comportements maîtrisés et non-maîtrisés. Il rend compte la diversité de la vie "online", mais aussi des ressources que les outils digitaux peuvent mettre à disposition pour rejoindre et aider ceux et celles qui en ont besoin. Il questionne finalement le rôle et la puissance des entreprises qui mettent à disposition certains outils et du pouvoir extraordinaire qu'elles accumulent en enregistrant systématiquement nos habitudes, un fait sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Orwell peut se retourner dans sa tombe... régulièrement. 

Et puis, il y a ce grand trou noir appelé Internet, dans lequel on trouve de tout et bien plus encore, des plus belles créations jusqu'aux pires cauchemars. S'y perd-on au point de développer une addiction et, si oui, comment la mesure-t-on? En souffrance? En heures passées? En abandon d'autres activités? On rejoint là le débat qui se construit autour de ce que l'on nomme les "addictions comportementales", ou les "addictions sans substancces", une thématique qui prend chaque année plus d'importance dans l'espace public et professionnel. 

À lire les articles dans ce numéro sur le "binge watching", les jeux en lignes "free to play", le cybersexe ou l'e-sport (le monde digital est décidément anglophone!), il faut se garder de tracer les frontières trop vite, de pathologiser des comportements qui relèvent souvent de la passion, du défoulement ou d'autre chose de pas si grave voire même de franchement positif. Cela ne signifie évidemment pas qu'il n'y a pas de souffrance ou qu'il n'y a pas de problèmes en lien avec ces activités. Mais il faut apprendre à les identifier et, bien sûr, à aider les personnes concernées et leurs proches. Il faut aussi et surtout mettre en place des régulations qui, sans les interdire rendent ces activités moins suceptibles de produire ces problèmes et cette souffrance. 

Pour finir, il y a un an nous avons publié un numéro de Dépendances "Face à la crise" portant sur les réponses professionnelles mise en place lors du semi-confinement du printemps 2020. Dans l'édito, j'écrivais que la seule chose que nous savions alors au sujet de la pandémie, c'est qu'elle n'en avait pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs. Vous me permettrez de rejouer encore une fois au Sherlock holmes de pacotille en écrivant que cet énncé vaut aussi pour l'"online" : lui aussi n'a pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs. Promis, on refait le point dans quelques années. 

Frank Zobel

Sommaire

1. L'ère digitale, entre accélération des promesses et urgences des défis
- Yasser Khazaal

2. Safezone.ch - apprentissage et nouveautés de la nouvelle plateforme de consultation en ligne sur les addictions 
- Lucia Galgaro 

3. Écrans, adolescent·e·s et confinement(s) : le point de vue des jeunes 
- Margaux Salvi-Délez 

4. Interview
- Interview de Samuel Bendahan par Jean-Félix Savary 

5. Vivre dans un monde (aussi) numérique : défis et recommandations 
- Cédric Stortz et Célestine Perissinotto 

6. Lorsque la cybersxualité devient une addiction 
- Eugénie Khatcherian et Sophia Achab 

7. Le retour de l'addiction aux jeux vidéo : Entre moulins à vent et baleine blanche 
- Niels Weber 

8. Analyse des pratiques des joueurs ayant payé pour des jeux free-to-play (F2P)
- Luca Notari, Hervé Kuendig et Christophe Al Kurdi 

9. Qu'est-ce que le "Binge-Watching" et s'agit-il d'une addiction? 
- Alexandre Ort, Dominique Wirz et Andreas Fahr