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Un autodévoilement collectif inédit en Belgique : « Nous avons consommé des drogues illégales »

Perspective jeunesse
19.06.2024

Dans une tribune libre éditée par Prospective Jeunesse au début du mois de juin 2024, une quarantaine de personnalités belges révèle avoir consommé des drogues illégales. Cet autodévoilement collectif de notables les placerait du côté des "délinquants". Pourtant, en s’érigeant en contre-exemples, ils contribuent à déstigmatiser les usages et usagers de drogues et visent à faire évoluer à la fois représentations sociales et cadre législatif.

L’aveu

« Nous consommons ou avons consommé au cours de notre vie, de manière exceptionnelle, occasionnelle ou régulière, une ou plusieurs des substances figurant la liste établie par l’arrêté royal du 6 septembre 2017 réglementant les substances stupéfiantes et psychotropes. Dit, plus banalement, nous avons pris de la drogue ! »

« Si la détention des substances que nous avons consommées nous met en infraction avec la loi et nous transforme en délinquant.e.s, nous assumons nos actes et contestons leur qualification pénale ».

La volonté affichée

« La publicité que nous donnons ici à des consommations d’ordre privé nous paraît nécessaire à la maturation d’un débat qui a été jusqu’ici beaucoup plus marqué par l’hypocrisie et l’aveuglement volontaire que par des préoccupations sanitaires ».

« Nous sommes unanimes sur la nécessité urgente de faire sortir du champ pénal les personnes consommatrices de substances actuellement illégales, en vue de mieux aider celles qui en ont besoin, et de mieux laisser vivre leur vie aux autres ».

L’argumentaire

« La guerre à la drogue ne fonctionne pas (…) une société qui réprime plus les consommations n’est pas une société qui consomme moins. C’est en revanche une société dont les consommations sont plus dangereuses sur les plans individuel et collectif ».

« La pénalisation participe en outre de la stigmatisation des personnes consommatrices de substances psychotropes illégales. Or, des données probantes établissent que la stigmatisation constitue un déterminant clé de la santé, en raison notamment de ses effets sur l’accès aux ressources favorables à la prévention ou la prise en charge. En prétendant – sans y parvenir – éloigner les drogues, la politique prohibitionniste éloigne en réalité le traitement dont certaines des personnes qui en consomment auraient besoin ».

L’arrière-plan

À la suite de Carl Hart, dans un article intitulé sobrement « mon autodévoilement », le docteur en psychologie et professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, Jean-Sébastien Fallu, explique sa démarche par sa volonté de faire évoluer les représentations sociales des personnes utilisatrices de drogues.

Il développe : « Que ce soit dans la sphère médiatique, cinématographique, politique, médicale, voire scientifique, ces représentations relèvent du même cliché: l’individu défavorisé, malmené par la vie, immoral, englouti dans “l’enfer de la drogue”. Or, dans toutes les couches de la société, on consomme des drogues. Des juges, des avocat·es, des policier·ères, des politicien·nes, des médecins, des journalistes, des comptables, des psychologues prennent de la drogue. Sauf en de très rares exceptions, aucune de ces personnes ne le révèle, étant donné leur appartenance à une profession reconnue et les conséquences dramatiques que cela pourrait avoir dans leur vie. Mais cela participe à une perception sociale biaisée et hypocrite du “drogué”, qui renforce la conception que nous entretenons des personnes qui consomment, perception qui nous renvoie au cliché du “déchet social” ».

On le comprend, lorsque l’argumentation scientifique ou morale ne suffit pas à faire évoluer les politiques publiques, il reste encore la possibilité (pour certains) d’offrir leur nom en pâture à la vindicte publique en espérant, à l’aide de leur renommée, faire évoluer les représentations sociales.

Il s’agit d’un acte courageux, mais non sans-risque.

Le call-to-action

  1. Pour autant que votre statut social et professionnel le permette ;
  2. Pour autant que votre situation personnelle le permette ;
  3. Pour autant que l’analyse coût-bénéfice de votre dévoilement soit à l’avantage du second ;

Vous aussi, vous pouvez (à vos risques et périls) ajouter votre nom à la liste des signataires de la carte blanche publiée par Prospective Jeunesse absl.