Questions canadiennes sur le cannabis au travail

09.04.2018

A l'aube de l'ouverture du marché régulé du cannabis, le Canada pose la question de son impact en entreprise. Peu d'études ont abordé le sujet.

Au Canada, les autorités se préparent à l’ouverture du marché du cannabis récréatif. Le cannabis étant la substance illégale la plus fréquemment consommée dans ce pays - tout comme en Suisse - la question de l’impact et des conséquences de sa consommation dans la sphère professionnelle: sécurité lors du maniement d’engins, ou effets sur la performance individuelle, par exemples, est tout à fait légitime. 
 
Pour répondre à ces questions, les chercheurs de l’Institut universitaire sur les dépendances du CIUSS à Montréal ont procédé à une revue de toute la littérature disponible sur le sujet. Leur conclusion éclaire surtout le manque de connaissances scientifiquement fondées sur le sujet. Selon les termes des auteurs: «La présente recension de la littérature sur les déterminants, les impacts et sur les stratégies et programmes de prévention en entreprise de la consommation problématique de SPA (cannabis) fait ressortir le manque flagrant d’études qui se sont intéressées à ces thématiques, mais surtout, la faiblesse des appuis scientifiques permettant de tirer des conclusions et de prendre des décisions éclairées. » (p.29). Toutefois, cette étude de la littérature existante identifie quelques élément qui contredisent le sens commun:

  • au Québec, la proportion de consommateurs de cannabis (prévalence annuelle) est légèrement plus élevée auprès des personnes qui ont un emploi, en comparaison avec les chômeurs.
  • que la consommation de substances psychoactives semble être liée aux mauvaises conditions de travail (horaires irréguliers ou décalés, surcharge de travail, pénibilité, harcèlement ou intimidation, ou encore insécurité de l’emploi) ou à des cultures organisationnelles ou d’équipe de travail qui encouragent la consommation. Ce qui valide d’un côté la thèse de l’automédication, et de l’autre celle des effets renforçateurs ou protecteusr des groupes.
  • aucune étude ne permet de déterminer une relation causale entre consommation de cannabis et performance au travail. Dans l’inconscient collectif, ces représentations qui donnent sens à nos actions, persiste le mythe selon lequel les consommateurs de cannabis seraient oisifs et peu productifs. Alors que le lien entre consommation de cannabis et syndrome amotivationnel est depuis longtemps invalidée, cette revue de littérature ne fait que rappeler, s’il en était nécessaire, le manque de preuve scientifique soutenant cet argument.