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La crise des opioïdes, entre quatrième vague et stratégie marketing

20.10.2023

Alors que la crise des opioïdes continue aux Etats-Unis, la dénommée quatrième vague se caractérise par l’émergence de surdoses impliquant des stimulants. Pendant que les projecteurs sont braqués sur Purdue (qui commercialise l'OxyContin), d’autres fabricants semblent continuer un marketing agressif. Si les solutions passent par une offre d’accompagnement adaptée, les causes sociales doivent être interrogées.

Le nombre de surdoses qui impliquent à la fois le fentanyl et les stimulants a sensiblement augmenté depuis 2010, jusqu’à concerner jusqu’à 32,2 % des cas, comme le montre le graphique ci-dessous (Friedman et Shover, 2023).

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L’analyse détaillée de Friedman et Shover montre que ce sont les populations noires et afro-américaines qui sont le plus concernées, particulièrement dans l’ouest des États-Unis, avec la présence fréquente de méthamphétamine. Notons au passage, comme le souligne Carl Hart, que la consommation d’alcool est largement ignorée par les analyses.

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Si le marché noir joue un rôle plus important dans la crise depuis un moment, les entreprises pharmaceutiques cherchent à tirer leurs épingles du jeu. Alors que Purdue Pharma est sous le feu des projecteurs depuis plusieurs années, Tan et West (2023) soulignent que leurs concurrents augmentent leur budget marketing. Ces derniers semblent le faire notamment dans les régions où la crise est la plus sévère. Ils ont relevé en particulier que les représentants des concurrents de Purdue semblent s’être concernés sur la communication à destination de médecins ayant largement prescrit l’OxyContin.

Les professionnel·le·s des addictions soulignent qu’il est important d’agir sur plusieurs plans pour accompagner de telles situations. Par exemple, il convient de s’interroger sur la situation sociale des personnes concernées et d’offrir des ressources là où des situations de précarité semblent émerger. Mais il est également très important d’informer sur l’usage des drogues, légales ou illégales, afin de réduire les risques de la consommation. Des traitements et des accompagnements adaptés, accessibles, abordables et respectant le droit des personnes concernées doivent être disponibles. Finalement, seule une véritable régulation des substances psychoactives permettra de lutter contre les mélanges aléatoires et souvent dangereux du marché noir. Comme le rappelle l’étude de Tan et West, cette régulation doit viser à la fois le marché noir, mais également le marché légal du médicament pour restreindre les pratiques commerciales douteuses.