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Forum : Les opérations anti-drogue sont-elles vraiment efficaces ? Interview de Camille Robert

02.04.2024

L’émission « Forum » de la RTS consacrait samedi un sujet sur la question de l’efficacité des politiques anti-drogue en se basant sur l’exemple français des opérations « Place nette XXL » avant d’élargir sur le vote historique de la dernière Commission des stupéfiants des Nations Unies à Vienne. Camille Robert, co-secrétaire générale du GREA, en était l’invitée.

La vaste opération policière « place nette XXL » lancée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait pour objectif de lutter contre la délinquance et en particulier contre le trafic de stupéfiants. L’efficacité de ce type d’opérations est fortement contestée par les acteurs de terrains, que ce soit par les policiers eux-mêmes, les magistrats de plusieurs villes ou encore les associations spécialisées dans le domaine des addictions. Car si des interpellations et des saisies diverses sont recensées et communiquées, Camille Robert souligne le manque d’impact structurel de ces opérations. Ces dernières peuvent en effet rassurer temporairement les habitants des alentours, mais visent principalement des jeunes personnes précaires et racisées qui font du « petit deal ». Ces personnes constituent le dernier maillon d’une criminalité organisée autour du trafic de drogues. Elles sont dès lors aisément remplaçables alors que les organisations mafieuses organisant des pans entiers du trafic mondial ne sont guère inquiétées par ce type d’actions.

De plus, Camille Robert rappelle que le durcissement de ces politiques répressives conduit parallèlement à une professionnalisation et à une militarisation accrue de ces réseaux criminels. La Commission des stupéfiants de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a d’ailleurs, en partie, souligné l’inefficacité de ce paradigme prohibitif. Réunie pour sa 67ème édition durant le mois de mars, une coalition menée par la Colombie et soutenue notamment par les États-Unis a, pour la première fois, intégré le terme de « réduction des risques » (harm reduction) dans l’une de ces résolutions. Cela constitue un changement majeur pour l’organe fixant les lignes directrices de la politique mondiale en matière de drogues. Il a été rendu possible par le changement de la position américaine sur la question, suite au constat d’échec de ces politiques dans le cadre de la crise des opioïdes, qui entraîne dans le pays plus de 140 000 décès par an. Cette résolution a été adoptée par la majorité de la Commission malgré l’opposition de la Chine et de la Russie.