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Du cannabis de synthèse dangereux sur le marché noir

07.10.2020

Il y a un an déjà, le canton de Zurich lançait l'alerte sur la présence de cannabinoïdes de synthèse dangereux sur le marché noir. Aujourd'hui, ils gagneraient la Suisse romande. Les associations de drug checking adaptent leurs offres pour intégrer les tests à ces substances. Les sites internet multiplient les alertes. Une situation qui appelle à accélérer la mise en place de dispositifs de drug checking dans toute la Suisse et d'une règlementation.

Après Zurich, Bâle et Berne, du cannabis synthétique et dangereux a été retrouvé à Genève, rapportent les sites d’information 24heures.ch et La Tribune de Genève. Le quotidien français l'Est Républicain relaie l'information selon laquelle l’association genevoise “Nuit blanche ?”, dont la mission est de réduire les risques liés à la consommation de produits stupéfiants en les analysant, a découvert des traces du produit au printemps dernier. Alors que "Nuit Blanche?" n’a pas pour but initial d’étudier le cannabis, elle a revu sa pratique pour répondre aux fumeurs inquiets qui se sont manifestés. Une adaptation mise en oeuvre également dans les sites bernois et zurichois notamment.

Comme du cannabis THC

Il est impossible de distinguer à l'œil nu si le cannabis est naturel ou artificiel, peut-on lire sur le site d'Infodrog. En fait, comme le précise Frank Zobel d'Addiction Suisse dans le 24heures.ch, il s'agirait de CBD, cannabinoïde de 1% de THC que l'on trouve dans les commerces. Des cannabinoïdes de synthèse sont pulvérisés pour que le CBD soit vendu plus cher sur le marché noir comme s’il s’agissait de cannabis traditionnel. C'est pourquoi il est particulièrement important de respecter les règles de safer use lors de la consommation de cannabis.

Se rendre dans un drug checking

Si un effet inhabituel se produit, il faut immédiatement renoncer à la consommation et si l'on soupçonne la présence de cannabis synthétique, il faut remettre la substance à un drug checking pour la faire tester, conseille Infodrog. Il en existe à Genève, Bâle, Olten, Berne, Zurich, Lucerne et bientôt Bienne. Lausanne n'en a pas. Le dispositif de Zurich a par ailleurs publié une synthèse de ses observations (janvier-août 2020) sur les cannabinoïdes de synthèse.

Risque d'overdose

Dans les avertissements de Safer Party (drug checking de la ville de Zurich, DIZ), on peut lire que les cannabinoïdes synthétiques sont plus susceptibles de provoquer des intoxications aiguës et graves. Ainsi, l'utilisation de cannabinoïdes synthétiques très puissants peut entraîner, entre autres, des évanouissements rapides, des palpitations, de l'hypertension artérielle, des convulsions, des nausées avec vomissements, de la confusion, un comportement agressif et violent et même des crises cardiaques.

Alertes BINACA et PINACA

A Berne déjà cet hiver, selon le Blog TAZ, du cannabis (échantillons vendus comme cannabis contenant du THC) contenant le cannabinoïde synthétique CUMYL-4CN-BINACA a été testé dans le cadre du drug checking (DIB+) en février et mars. Ce cannabinoïde synthétique très puissant a été associé à plus de 100 décès en Europe et il fait partie des cinq cannabinoïdes synthétiques les plus fréquemment saisis par la police peut-on lire dans une enquête conjointe d’Europol et de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) en 2016.

Depuis cet été, c'est le cannabis de synthèse MDMB-4en-PINACA, 50 à 100 fois plus fort que le THC, qui fait l'objet d'alertes répétées sur les sites de know-drugs.ch et Safezone.ch.

Saisies en augmentation à Zurich

Les saisies de chanvre traité avec des cannabinoïdes synthétiques se multiplient depuis le début de l'année, constate l'institut de science forensique de Zurich qui a communiqué cette information en avril 2020, selon Swissinfo. Cette tendance est également observée par le centre zurichois d'information sur les drogues, qui analyse la composition des stupéfiants. Il en va de même du haschisch traité de manière identique. Depuis plus de dix ans, la production de substances synthétiques de ce type augmente, indique vendredi le service zurichois de prévention des addictions. Leur effet est proche de celui du THC issu du chanvre naturel.

Or, des organisations criminelles ajoutent aussi ces cannabinoïdes synthétiques à des produits légaux à base de chanvre. Elles les vendent ensuite sur le marché noir à des prix surévalués.

Appel à une règlementation

Le marché noir échappe à tout contrôle et nourrit des filières criminelles sans scrupule. Un marché régulé de cannabis, avec un prix légèrement supérieur à celui du marché noir, permettrait non seulement un contrôle de la qualité et de sa dangerosité, mais favoriserait aussi les formes de consommation les moins nocives. Comme le souligne le rapport Nouveaux développements concernant la régulation du marché du cannabis (Frank Zobel et Marc Marthaler, 2016), les consommateurs sont prêts à payer un supplément dans un marché régulé pour obtenir un produit de qualité, sans poursuite judiciaire.