L’histoire des TSHM romands

L’histoire des TSHM romands pourrait se résumer à un titre et trois chapitres :

De la militance à la médiation

Chapitre 1, l’ère des pionniers :

Dans les années 80-90 des personnalités militantes s’engagent à sortir des murs des institutions, c’est la période des mouvements alternatifs, des squats. On parle de religieux dans la rue, prêtre des loubards… on parle d’éducateur de rue. Les actions sont individualisées et orientées vers des populations ciblées (personnes très précarisées). La démarche est singulière et a rarement le soutien du politique voire des autres travailleurs sociaux. Les intervenants affichent clairement un parti pris en faveur des milieux de la rue ou des gens de la zone.

Chapitre 2, le temps des drogués :

Au début des années 90, avec l’émergence de la toxicomanie comme problématique sociale, visible et dérangeante, le travail de rue se trouve être une réponse adaptée. Des structures se développent dans tous les cantons romands : Jura, Bienne, Fribourg, Vaud, Neuchâtel, Genève et Valais. Les principes de base sont la libre adhésion, absence de mandat, anonymat garanti et l’idée d’initier des réseaux et d’identifier les manques institutionnels.

Avec l’idée de prévention des dépendances et un travail social de proximité, c’est un public plus jeune et pas forcément toxicomane qui est ciblé. Certains projets préfigurent la troisième étape du travail social hors-murs.

Chapitre 3, les jeunes en visée :

Déprédations, incivilités, accès au monde du travail, ruptures familiales et institutionnelles, précarisation… quelques mots-clés sur fond de crise économique.

Dès 1994 mais surtout à la fin des années 90, de nombreuses communes ou régions mettent en place des postes de TSHM, certains comme à Genève sont rattachés à une fondation, d’autres à l’extrême sont seuls sur de grands territoires. Tous ont la mission d’aller à la rencontre des ados en difficulté sur leurs lieux et d’établir une relation. La plupart ont le mandat de maintenir les liens intergénérationnels et de se situer en tant que médiateurs.

Le travail de proximité est récent… il n’est pas encore beaucoup conceptualisé. Il a encore l’opportunité d’initier des actions novatrices, adaptées et réfléchies. Le concept de médiation est à même de structurer l’organisation et l’action du travail social de proximité.

Nous assistons à un intérêt grandissant du monde politique à la mise en place de nouveaux postes de TSHM et de leur financement. Si nous pouvons nous réjouir de la création de ces nouveaux postes, nous tenons aussi à relever les difficultés de ces nouveaux éducateurs de rue de travailler seuls et sans réelles références communes qui pourraient glisser vers un cadre de rationalisation prônant des visées à court terme et centrées sur des options plus sécuritaires. C’est à partir de cette constatation que le groupe « hors-murs » a décidé de mettre en place un travail éthique autour d’une charte afin, d’une part, de réhabiliter le travail de rue tel qu’il le conçoit et le pratique et, d’autre part, de fédérer les travailleurs de rue en Suisse romande autour d’un concept commun afin de mieux défendre leurs intérêts et ceux des populations concernées par ce type de travail.

L’année 2003 correspond à l’acceptation du comité du GREA de notre demande de faire partie d’une structure faîtière existante et à une envie du groupe de rencontrer le groupe du Gassenarbeit du VSD pour discuter de notre charte et de mettre en place une future collaboration.

Nous pouvons saluer la collaboration avec le Gassenarbeit qui débouche sur le lancement de la charte à Berne. A relever que le 8 juin 2005, plusieurs manifestations organisées par des TSHM ont marqué cette journée nationale de lutte contre l’exclusion. L’idée a été de se positionner non pas « en réaction » mais d’occuper un lieu de vie et de revendiquer le droit de chacun à un espace public non-marchand et de souligner le rôle socialisateur de la rue contrairement au processus d’individualisation que lui fait subir la logique marchande.

 

Historique du groupe des TSHM en Suisse romande

La première rencontre des TSHM (travailleurs sociaux hors-murs) de Suisse romande du 7 octobre 1999 est le fruit d’une réflexion entre deux éducateurs et d’une éducatrice de rue sur le besoin de connaître d’autres travailleurs sociaux travaillant hors-murs institutionnels.

Comme nous venons tous d’horizons différents, nous avons commencé par décrire nos réalités respectives. Nous avons trouvé pertinent de travailler sur le dénominateur commun du travail social « hors-murs » qui est le fait d’ «aller vers» des personnes, des groupes en perte de liens ou qui échappent à tout contrôle social. Ces interventions comportent la proximité du territoire non–institutionnel ainsi que l’idée d’être des agents de prévention au sens large du terme. Ce travail sous-tend également la connaissance des phénomènes d’exclusion, d’une approche individuelle et de groupe, la connaissance des différents réseaux, la capacité d’orienter, d’accompagner vers d’autres structures, d’identifier les ressources personnelles et d’activer ou réactiver des liens des personnes en rupture.

A la fin de cette première rencontre, nous avons décidé de nous rencontrer une journée par année sous la forme d’un groupe consultatif dont les objectifs étaient de :

  •     favoriser l’expression des spécificités régionales,
  •     échanger des pratiques et des informations
  •     aborder des thèmes qui nous préoccupent,
  •     poser les aspects émotionnels de notre action,
  •     identifier des problématiques communes, prendre position
  •     ouvertement sur ces problématiques,
  •     transmettre une réalité globale romande de la rue.

Après deux ans, le groupe a ressenti le besoin de s’appuyer sur une structure et une meilleure coordination afin de ne pas perdre de précieuses informations. Le BRR (Bureau de la réduction des risques) a délégué une personne pour donner corps à notre groupe et prendre en charge l’aspect structurel.

La richesse des échanges inter-structures était grande mais insuffisante pour faire vivre le groupe à long terme, c’est pourquoi nous avons décidé d’élaborer une charte afin de clarifier les objectifs du groupe, de définir la fonction et l’éthique des travailleurs de rue et d’élaborer des définitions communes.