Vapotage

Introduction

Plus de dix ans après son apparition, le vapotage fait de plus en plus parler de lui. Malgré un nombre encore limité de recherches, il existe un consensus entre experts du domaine pour affirmer que le vapotage est nettement moins dangereux que la cigarette traditionnelle.

Définition

Si le vapotage est entré dans le langage courant, ce substantif ne figure toujours pas dans certains grands dictionnaires français (Larousse, CNRTL, entre autres). Le verbe « vapoter » au contraire s'y retrouve ici et là. Il signifie  « fumer une cigarette électronique ». Or, vapoter est tout autre que fumer, encore moins une cigarette électronique ou e-cigarette, car il n'y a ni combustion, ni fumée, ni cigarette.  Le terme « vaporette » est plus à même de traduire en français l’ustensile qui permet d’inhaler de la vapeur. Le GREA utilisera par conséquent le terme vaporette, ou vapoteuse, dérivé du vapotage et de vapoter.  Ce terme permet une meilleure implantation dans le langage et permet aussi d'éviter tout amalgame à caractère tendancieux avec les produits fumés.

Enjeux

Comme toute chose nouvelle ou encore peu documentée, le vapotage est victime de jugements et de spéculations. Toutefois, il existe un consensus scientifique pour dire que le vapotage est moins dangereux que la combustion. Et cet instrument de réduction des risques a du mal à trouver une vraie place dans les politiques sanitaires suisses.

Réduction des risques 

Les modes de consommations à moindres risques existent en Suisse mais sont encore trop timidement promus eu égard aux effets peu nocifs face à la cigarette traditionnelle. C'est le principal enjeux : faire reconnaître le vapotage comme outil de réduction des risques dans le cadre d’une politique de formation et de sensibilisation ciblée et soutenue par les pouvoirs publics.

Le vapotage est nettement moins toxique que la cigarette combustible. Public Health England (PHE) affirmait en 2015, sur la base de 185 études scientifiques, que le vapotage réduit les dommages d’au moins 95% face aux cigarettes (voir le communiqué de presse). Du fait qu’il n’existe pas de combustion avec le vapotage, ce dernier présente des niveaux substantiellement réduits de cancérigènes et de toxiques : pas de monoxyde de carbone ou de goudrons. Les risques et dommages sur les systèmes respiratoire et cardiovasculaires sont moindres avec le vapotage. Si les conséquences de la combustion seule du cannabis sur la santé ne sont pas clarifiées, on sait que, mélangé au tabac, les risques sont les mêmes qu’avec la cigarette de tabac combustible.

Sevrage tabagique et nicotinique

Dans le cadre d'un sevrage tabagique, peu d’études scientifiques ont été menées pour tester l’efficacité du vapotage ; cependant, essais cliniques et études sont concordantes : la vaporette aide un grand nombre de fumeurs à se libérer de leur dépendance à la cigarette. Cela est confirmé par les résultats du baromètre santé de l’INPES 2014 qui permettent de conclure que 0,9% des 15-75 ans, soit environ 400'000 personnes en France, ont réussi à arrêter de fumer, au moins temporairement, grâce à la cigarette électronique. Les vapoteurs donnent plusieurs raisons (Etter et Bullen, 2011:

  • La vaporette fournit de la nicotine et elle reproduit la gestuelle du fumeur.
  • Elle est plus satisfaisante que les substituts nicotiniques car le vapoteur peut choisir le dosage et les arômes notamment.
  • Sa nocivité est largement réduite en comparaison de la cigarette.

En revanche, même si elle l’est moins que la cigarette, la vaporette est addictive en raison de la présence de nicotine dans les liquides. Le pouvoir addictif est lié à la vitesse de passage de la nicotine dans le sang. De ce point de vue, elle est moins efficace que la cigarette, mais plus efficace que les substituts nicotiniques. Elle constitue néanmoins une alternative sérieuse à la cigarette de tabac, et que des fumeurs adoptent dans la perspective de préserver leur santé en conservant leur consommation de nicotine.

Quand au sevrage nicotinique, à nouveau, peu de données sont disponibles. Six mois après avoir arrêté de fumer à l’aide d'une vaporette, une petite partie seulement des personnes a arrêté de l'utiliser.

Effet passerelle

Une étude récente menée par l'IUMSP (Suris et Akré, 2015) dit que les jeunes sont attirés par le vapotage, comme ils sont attirés par toute pratique nouvelle (et/ou interdite) ou ludique. De là à tirer des conclusions serait imprudent voire dangereux. L’étude « Paris sans tabac » de 2014 révèle une baisse importante du tabagisme aussi bien dans la tranche d’âge des 12-15 ans que des 16-19 ans ; cette observation est à mettre en lien avec l’augmentation du prix du tabac, mais aussi avec l’arrivée de la vaporette sur les marchés des personnes sondées. Cette tendance a également été observée dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis et en Pologne. Reste que les législations interdisant leur vente aux mineurs se justifient.

Encourager le vapotage en institution

La question du tabagisme n’est pas abordée de manière systématique, les lieux spécialisés ne mettant généralement pas de priorité sur cette problématique. Et si les pratiques de réduction des risques trouvent progressivement leur place dans le traitement des dépendances, elles ne sont pas encore envisagées par les spécialistes dans le traitement du tabagisme. Dès lors se pose la question des perspectives que la vaporette pourrait ouvrir sur des questions comme :

  • la réduction des risques liés au tabagisme auprès des personnes toxicodépendantes,
  • la diminution de la précarisation financière,
  • l’acquisition de compétence de consomation pour mieux la gérer,
  • la possibilité d’établir une passerelle entre les milieux de traitement des addictions et les spécialiste du tabagisme et d’ouvrir un dialogue sur la prévention.

Un atelier organisé par le GREA avec des professionnels des addictions et des usagers en janvier 2014 a permis de faire un premier point sur l’utilité potentielle de la vapoteuse dans le domaine des addictions. Il est apparu que, dans le cadre des institutions de prise en charge de personnes toxicodépendantes, elle présente un potentiel certain, ne serait-ce que pour des questions de prévention d'incendies ou de protection contre la fumée passive. Sa faible nocivité, et son contenu modulable en nicotine, en font aussi un média intéressant pour soutenir les usagers qui souhaitent réduire leur consommation de tabac, voire l’arrêter. Se posent néanmoins des questions et problèmes qui sont un frein à son usage. Quel dosage de nicotine choisir pour que la substitution soit efficace et soulage le « craving », ou quel modèle choisir ?

Cependant, cette optique d’utilisation dans la réduction des risques ne semble pas encore répondre aux besoins des professionnels et des usagers des structures d’accueil à bas seuil ; la réduction des risques se concentre ici sur les facteurs permettant aux usagers de survivre au quotidien, et n’englobe pas encore la prévention du tabagisme.

Historique

Le premier dépôt de brevet d'un concept de « cigarette sans tabac et sans fumée » date de 1965. Plus tard, des tentatives de mise sur le marché de systèmes à risques réduits (systèmes de tabac chauffé ou systèmes de vapotage) ont échoué à cause de l'opposition des administrations (notamment contre la Favor par la U.S. Food and Drug Administration en 1987), de blocages de la part de certains industriels du tabac, d'une technologie pas assez aboutie et surtout, d'un manque d'engouement du public.  

Ce n’est qu’à partir de 2003 qu'un nouveau concept, élaboré par un pharmacien chinois, M. Hon Lik, trouve un public intéressé. Très vite, un million d’usagers à travers le monde se tourne vers le vapotage.

Dans un second temps, l'industrie du tabac entre sur le marché des produits de vapotage, principalement en rachetant des entreprises existantes. Ce marché reste toutefois, encore aujourd'hui, très largement dominé par les produits indépendants de l'industrie du tabac.

Quelques chiffres

Pour comprendre ce qu'est le vapotage, il convient d'expliquer ce qu'induit la combustion et ce qu'induit le vapotage.

Combustion

Il se vend 10 milliards de cigarettes par année en Suisse. Un Suisse sur quatre fume. Après un net recul après 2001, le taux de fumeurs s’est stabilisé en 2008 à 25% malgré la poursuite des campagnes de prévention. Ce taux grimpe de manière très considérable (80%) dans les lieux spécialisés en addiction, fréquentés par des personnes souvent fortement précarisées. La cigarette continue de causer de gros dommages. La combustion, de tabac ou de cannabis qui lui est souvent mélangé, est la première cause de décès prématurés dans le pays. Elle génère 5 milliards de coûts sociaux par an. Les classes défavorisées et les femmes sont encore plus prétérités face à cette addiction. Un consommateur de cigarettes sur deux aurait voulu arrêter de fumer, en vain.

Les cigarettes combustibles de tabac dégagent plus de 5'300 substances toxiques dont plus de 70 cancérigènes identifiés (Secretan et. al, 2009). Le cannabis, lorsqu'il est brûlé, produit 34 cancérigènes identifiés. Mélangé à du tabac industriel et du papier sous forme de joint, le mode de consommation privilégié par 90% des usagers de cannabis en Suisse, les risques sont les mêmes que pour la combustion de tabac. (Winstock, 2017), soit les cancers des poumons, les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et maladies vasculaires qui sont les causes d'environ 70% des morts prématurées liées à la consommation de substances par combustion.

Vapotage

En Suisse, 15,3% de la population de plus de 15 ans a fait usage au moins un fois d‘e-cigarette. La part d’utilisateurs est nettement plus élevée chez les fumeurs/ses quotidiens/nes (44%), que chez les fumeurs/ses occasionnels/les (32%). Les jeunes de 25 à 34 ans et 35 à 44 ans sont les plus friands de cette technologie au quotidien (Monitorage suisse des addictions, 2017).

En Grande Bretagne, 2.1 millions d’adultes utilisent l’e-cigarette ; un tiers des utilisateurs sont des ex-fumeurs, et deux tiers sont fumeurs ; l’utilisation par les adultes non-fumeurs est négligeable. Les fumeurs affirment utiliser l’e-cigarette pour réduire leur consommation de cigarette, alors que les ex-fumeurs l’utilisent pour arrêter de fumer. L’utilisation régulière de l’e-cigarette parmi les enfants et les jeunes est rare, et se limite presque exclusivement aux fumeurs et ex-fumeurs. (voir le résumé par action on smoking and health, 2014). 

Graphique

Le graphique ci-dessous montre de façon claire le continuum de risques entre les produits les plus nocifs et ceux à moindre risques. Le graphique a été réalisé par le GREA sur la base d'une présentation de la Prof. Ann McNeill (King's College London), complété par le Prof. Jean-François Etter (Institut de santé globale, UNIGE). La vaporette y figure en bonne place dans les produits moins dangereux pour la santé de l'usager et de l'entourage.

 

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