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Déclaration commune : GREA et FACHVERBAND SUCHT

 

 

Viviane Prats, Présidente du GREA
Bruno Erni, Président du FACHVERBAND SUCHT

1. Introduction

Ce document exprime les valeurs, les positions et les objectifs politiques des professionnels et des institutions spécialisés dans les addictions, représentés par le GREA et le Fachverband Sucht. Il sert le dialogue et la discussion critique entre les professionnels, le public et les élus politiques.

2. Le concept d’addiction

Les termes Sucht (allemand) et Addiction (français) sont utilisés de manière synonyme. On entend par addiction l'émergence d'un phénomène issu de multiples facteurs, à la fois médicaux, psychologiques et sociaux, impliquant la perte de maîtrise de l'usage d’un produit ou d’un comportement. L'addiction ne permet plus à la personne d'être autonome face à son projet de vie et à ses relations sociales. Elle implique une réponse de la collectivité dans plusieurs domaines complémentaires, à savoir le social, la santé, la sécurité, l’éducation et l’environnement.

Les usages de substances produisant une addiction ne sont pas tous identiques.  Nous reprenons la différenciation suivante du rapport Psychoaktiv.ch de la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues:

  • Consommation peu ou pas problématique: consommation occasionnelle ou à faible dose contrôlée par l’individu.
  • Consommation  problématique:  ce  comportement  de  consommation  inclut, d’une  part, l’usage à risque et, de l’autre, l’usage nocif. Dans le premier cas, les problèmes sont latents, alors  que  le  second  se  traduit  par  des  problèmes  physiques,  psychiques  ou  sociaux concrets. C’est la définition retenue par l’OMS.
  • Addiction: consommation présentant les caractéristiques les plus graves comme celles, typiques, de la tolérance et du sevrage. L’individu perd le contrôle de sa consommation bien qu’il soit conscient des problèmes qu’elle engendre.

3. Nos valeurs

Au niveau de la société

Aucune société ne peut exister sans solidarité et sans lien social entre les groupes humains qui la composent. Nous affirmons la nécessité pour la société d’intégrer tous les groupes et individus qui la composent, exprimée par la notion de promotion de la qualité de vie - prenant en compte les notions de santé physique, psychique et d'intégration sociale.

Comme les personnes souffrant d’addiction peuvent faire partie de groupes menacés d’exclusion et de marginalisation, des mesures d’intégration sociale et de promotion de la santé doivent également être prises. Dès lors, souhaitons que les politiques concernées soient définies en fonction des points suivants :

  • donner la priorité à la promotion de la santé et à la prévention;
  • renforcer des solidarités et des liens sociaux;
  • respecter le pluralisme culturel et les minorités;
  • donner la priorité à la complémentarité sur la compétitivité, à la coopération sur la performance ;
  • permettre à tous les groupes de la société de participer démocratiquement ;
  • inscrire les actions dans une vision de développement durable.

Au niveau de la personne

A l'esprit de la Déclaration universelle des droits de l'homme, nous empruntons quelques positions et valeurs significatives :

  • le respect de la personne et de ses choix, en fonction de ses possibilités, y compris la responsabilité de ses dépendances;
  • la prise en compte de la globalité de la personne;
  • la conviction qu’il existe toujours une porte de sortie de l’addiction, même si ce n’est pas possible pour tous et à tout moment ;

4. Fondements de l’action politique

Les professionnels demandent une politique des addictions qui respecte l’individu et qui se fonde sur les connaissances objectives en la matière. Ils soutiennent le principe d’une approche basée sur quatre piliers équilibrés: Prévention, thérapie, réduction des risques, répression (contrôle et réglementation). Il est nécessaire que les professionnels chargés de leur application dialoguent entre eux et que les mesures soient prises sur la base de connaissances démontrées par les évaluations et la recherche

Les mesures doivent être orientées en s’appuyant sur les connaissances et l’efficacité démontrée par la recherche.

La complexité des problèmes d’addiction demande un investissement important de la Confédération pour en assurer la coordination et le développement.

4.1. Prévention et promotion de la santé

Au-delà d'une prévention fondée sur les facteurs de risque, la promotion de la santé vise au renforcement du tissu social et favorise les choix autonomes des personnes et des groupes auxquels elle s'adresse. Elle a aussi pour objectif de développer les compétences sociales, définies comme des aptitudes que la personne acquiert pour faire face à son environnement. Au-delà d’une prévention centrée sur les comportements, nous adhérons également une prévention structurelle (voir annexe).

Nous soutenons une politique préventive pluridisciplinaire s'adressant à toutes les catégories de personnes - qu'il s'agisse de campagnes d'information générale, de programmes spécifiques destinés à des publics à risque ou encore aux personnes concernées.

4.2. Thérapies

Nous défendons une offre de thérapies orientées vers la qualité et financées sur la base de critères professionnels, qui garantissent une diversité des méthodes de traitement. Les thérapies peuvent avoir des objectifs différents, comme l’abstinence, l’amélioration de la qualité de vie et l’intégration sociale.

  • l'accès précoce aux traitements dans des institutions;
  • l'accès aux droits et devoirs liés à la citoyenneté et la responsabilisation de la personne face à ses droits et devoirs;
  • l'orientation du soutien en fonction de la souffrance et non du type de produit;
  • l'accès à des traitements de qualité, diversifiés et adaptés aux besoins de la personne.

4.3. Réduction des risques

Nous soutenons un accès pour tous aux prestations de réduction des risques. Celle-ci se comprend comme une démarche qui englobe les dimensions sanitaires (distribution de seringues) et sociales (logement, occupation, insertion sociale).

Nous défendons la notion de „bas-seuil“ et l’accessibilité la plus large possible aux prestations de réduction des risques. La collaboration avec les forces de l’ordre et les centres bas-seuil doit toujours se baser sur un respect mutuel et une reconnaissance mutuelle de la légitimité de leur rôle respectif. En ce sens, la réduction des risques respecte les intérêts des consommateurs et des non-consommateurs.

4.4. Répression (réglementation/contrôle)

Nous exigeons une politique de réglementation cohérente pragmatique déterminée par la dangerosité des substances/comportements et des modes de consommation.

Les mesures de réglementation ne sont pas seulement l’affaire de la police et de la justice. Elles doivent être différenciées selon les comportements et ne sauraient être en contradiction avec les exigences de la prévention et de la protection de la jeunesse. Les normes sociales doivent également être renforcées.

La répression doit se concentrer plutôt sur l’offre que sur la demande. Dans le domaine des drogues illégales, il est important de poursuivre en priorité les organisations criminelles.

5. Politique des addictions

Nous défendons une politique de prévention (promotion de la santé), de thérapies et de répression (réglementation/contrôle) des addictions qui soit cohérente, globale et basée sur des faits. Nous estimons qu’une politique basée sur la distinction entre produits légaux et illégaux est aujourd'hui dépassée et engendre des incohérences, des mesures arbitraires et des injustices.

Une politique des addictions cohérente se base sur les formes de consommation et sur la potentielle dangerosité des produits. Selon les cas, la régulation peut aller de la liberté de consommer à l’interdiction totale. Nous nous engageons pour une utilisation des ressources dans le cadre de la régulation du marché qui privilégie la politique de la santé et les mesures de régulation fondées sur les connaissances des professionnels.

Nous préconisons aussi la dépénalisation de la consommation de tous les produits stupéfiants. Des interdictions de consommation à certains endroits, par certaines personnes et dans certaines situations sont envisageables. Nous appelons de nos voeux une discussion sociale sur ces points qui ne soit pas basée sur des mythes mais sur les dangers réels.

Nous prônons :

  • de développer une stratégie globale à l'égard des addictions, afin d'éliminer ou tout au moins de réduire l'incohérence des distinctions actuelles entre produits légaux et illégaux
  • d'encourager la participation des acteurs sociaux à la mise en place des politiques liées aux dépendances
  • de favoriser les politiques et les actions qui permettent l'intégration des groupes marginalisés et des personnes en danger d'exclusion
  • d’harmoniser les différences cantonales d’application de la loi
  • de tenir compte des questions d'addiction dans l'élaboration des politiques de santé publique, de la famille et de la jeunesse
  • de repenser, définir et implanter des mesures spécifiques à la protection de la jeunesse en rapport aux risques liés aux addictions
  • de renforcer le contrôle et la prescription des produits plutôt que la répression des consommateurs
  • de développer la formation - interprofessionnelle - des intervenants
  • de créer un Observatoire des addictions de manière à suivre de près l'évolution de la problématique et de ses modes de consommation, ainsi que de la politique des 4 piliers.

6. Mise en oeuvre

Pour promouvoir notre point de vue, nous nous engageons activement aux niveaux du processus politique, de l’administration et de la société sur les points suivants:

Nous demandons :

  • l’ancrage législatif de la politique des quatre piliers et les avancées pragmatiques qui permettent la réalisation par étape de notre vision exprimée dans ce document.
  • une meilleure collaboration entre les cantons et la confédération.
  • la mise en place d’un cadre de référence général sur les addictions. Cette vision nationale doit intégrer les usages, comme développé dans « cube psykoactiv » (Würfelmodel), mais aussi l’ensemble des substances et comportements.
  • le passage d’une politique des drogues illégales à une politique des addictions se traduise également à l’échelon institutionnel.
  • une harmonisation des législations concernées pour toutes les substances et comportements par la confédération.
  • la création d’un Observatoire national des addictions, qui puisse suivre le développement des substances, comportements et des modes de consommation.
  • le rattachement de la Suisse à l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies.

---- - Communiqué de presse
- Voire la Déclaration Commune

 


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